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"Ghardaïa, martyr de la folklorisation"


Quand j’ai commencé à fréquenter les couloirs de l’UNESCO à partir de 2008, les discussions autour la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles battaient leur plein. Les tractations quant au contenu de cette convention phare étaient si intenses que l’emplacement de chaque virgule, de chaque point, était discuté, débattu, négocié. Cette convention marquait l'ancrage au niveau international de la nouvelle approche de « diversité culturelle ». A cette époque, les Sud-Africains, les Marocains et les Sénégalais étaient les représentants des pays africains à l’avant-garde de ces discussions. Je me rappelle d’un représentant « officiel » Algérien qui a assistait à peine 30 mn à une Conférence des parties, le temps de terminer de lire son journal et de boire son café ! L’Algérie, pour ainsi dire, était absente. Elle demeure aujourd’hui l’un des derniers pays au monde à n’avoir pas ratifié cette convention avec la Corée du Nord du tyran Kim-Jong-un, l’Ouzbékistan du dictateur Islam Karimov ou encore l’entité sioniste.

J’ai compris à l’époque que le régime Algérien n’était pas d’accord avec les principes fondateurs de cette convention qui considère la diversité culturelle comme un ciment pour les nations et qu’il fallait par conséquent œuvrer à sa protection et sa promotion. Au contraire, pour lui, la diversité culturelle doit être combattue car elle représente un danger pour l’unité nationale. Et pour mettre en œuvre cette orientation idéologique, le régime utilise un instrument dangereux hérité de la colonisation : la folklorisation.

Ce n’est donc pas par hasard que le ministère de la Culture promeut en priorité le chant et la danse des populations locales à travers des festivals folkloriques, au détriment d’autres formes d’expression artistique comme la peinture ou le cinéma, car il n’existe pas de « peinture folklorique » ni de « cinéma folklorique ». Ainsi, au lieu d’initier les jeunes à d’autres formes d’art, ils sont confinés à porter la robe kabyle, à tisser le tapis du m’zab ou encore à jouer à l’instrument Imazad parfois dans des tentes humiliantes installées dans la capitale. Ces éléments folkloriques sont présentés comme étant en voie de disparition alors qu’ils sont utilisés presque quotidiennement par les populations en question. La foloklorisation ne se résume pas à l’élimination de l’art des communautés dominées, mais elle procède de la sélection, voire de la création d’un art populaire dévalorisant, dans la mesure où il ne représente pas un « art de vivre », mais le banal vécu quotidien. La folklorisation n’a jamais été la solution pour renforcer l’unité des nations. Au contraire, elle élargie le pouvoir de différentiation des populations locales. Ainsi, ce qui se passe à Ghardaïa n’est autre que le résultat d’une folklorisation tous azimuts qui a accentué les différences ethniques et culturelles d’une population Mozabite qui subit, de plus, répression et harcèlement.

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