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Culture indépendante
L’alternative des outsiders

Par : Sarah Haidar. Djazair News. 07.01.2013

La problématique de la politique culturelle prend de plus en plus de place au cœur du débat public, soulevée notamment par des activistes culturels et des acteurs indépendants ainsi que par certains titres de la presse. Dans ce sillage, plusieurs initiatives tentent de desserrer l’étau autour de la culture en organisant des événements hors du circuit officiel.

Les espaces culturels qui échappent au contrôle de l’Etat sont rarissimes en Algérie. Les salles de concerts, de cinéma, de théâtre et les galeries sont, dans leur écrasante majorité, gérées par le ministère de la Culture et ses succursales et, à moindre échelle, par les autorités locales. Cela concerne bien évidemment les grandes villes, tandis qu’une grande partie du pays ne dispose pas d’espaces exclusivement culturels, encore moins de salles de cinéma. Ainsi, les événements organisés dans ces villes sont du ressort exclusif de la tutelle, avec cependant quelques rares exceptions lorsque des artistes indépendants obtiennent l’autorisation d’exploiter un de ces espaces. Mais la tendance générale est celle d’un contrôle hégémonique des lieux de culture, dont les conditions d’accès et les critères de gestion demeurent opaques et fluctuantes dans l’absence d’une charte définissant clairement leur mode d’utilisation.

Néanmoins, et aussi infimes soient-elles, quelques initiatives indépendantes tentent de créer une dynamique allant dans le sens d’une contre-culture, dont les manifestations sont pour le moment timides et éparpillées mais dont l’existence même témoignent d’une volonté de lever l’état de siège imposé à la vie culturelle depuis plus de dix ans. Portées essentiellement par des jeunes constitués en petits groupes ou en collectifs plus étendus, ces incursions dans le paysage figé de la culture ont le mérite de poser les jalons d’une possible réappropriation de l’espace public et, par là même, la régénération et la diversification de l’activité culturelle.

Ciné-libre
L’exemple le plus éloquent à ce sujet est celui des Rencontres cinématographiques de Béjaïa qui fêtera cette année son onzième anniversaire. Initiée par l’association « Project’heurt » et bénéficiant de financements indépendants, cette manifestation internationale permet de croire que la culture d’Etat n’est pas une fatalité et que la création d’un événement autonome a toutes les chances de fonctionner si elle découle d’une réelle volonté de s’imposer tant par la qualité que par le souci désintéressé de contribuer à la redynamisation de la scène culturelle.

Toujours dans le volet cinéma, les Rencontres «Béjaïa Doc » s’inscrivent également dans cette démarche ; leur initiatrice, Habiba Djahnine, qui vient d’obtenir le Prix de la Fondation Prince Claus, est une brillante documentariste qui mise sur la formation et la diffusion des films signés par de jeunes réalisateurs. Par ailleurs, plusieurs films indépendants contrebalancent la production officielle et se dressent comme les premiers jalons d’un cinéma d’auteur, foncièrement libre et moderne, qui tranche avec les codes et les champs thématiques obsolètes ayant longtemps régné sur le 7e art algérien.

Rue des artistes
Côté musique, les actions de ce genre ne font pas florès mais on note que de plus en plus de jeunes artistes, non encore admis par les circuits conventionnels, empruntent des canaux parallèles, notamment Internet. Chanteurs de rap, de reggae, ou encore auteurs-compositeurs-interprètes, ils peuvent aussi se rencontrer dans la rue et improviser des répétitions et mêmes des spectacles. Mais lorsqu’il s’agit de ce dernier cas, les forces de l’ordre auront vite fait de rappliquer puisque les spectacles de rue sont interdits par la loi ! Ce genre de blocage est néanmoins plus rigoureux dans les grandes villes, particulièrement la capitale, alors qu’il s’assouplit ou s’absente carrément dans d’autres localités du pays.

C’est ce qu’on constate notamment dans la création théâtrale indépendante (associations, coopératives, etc.) qui malgré son exclusion quasi-automatique des scènes à grand-public (les théâtres régionaux et le TNA), a la possibilité de voir le jour avec les moyens du bord. L’Association El Moudja de Mostaganem, qui n’est plus à présenter, fait figure de cas d’école. Citons également « L’association des arts dramatiques » de Laghouat qui s’est imposée par une production théâtrale purement indépendante et portée par des comédiens amateurs, dont le metteur en scène, Haroun El Kilani, a fait connaître le nom grâce à ses pièces fulgurantes, saluées par la critique et le public. Enfin, les arts plastiques sont également concernés par cette nouvelle vague de création en Algérie.

Alors que le Mama et les quelques galeries survivantes du pays se cantonnent encore dans le conservatisme le plus improductif, des groupes de jeunes artistes font de plus en plus parler d’eux tant par la rupture esthétique et épistémologique que leurs œuvres véhiculent que par le mode de communication d’avec le public. L’exemple de l’atelier et espace d’exposition « Box 24 » est le plus représentatif de cet activisme serein et efficace qui consiste à proposer des alternatives concrètes aux schémas classiques… Autant d’initiatives qui accompagnent aujourd’hui le débat autour de la politique culturelle en Algérie et appuient l’urgence d’une reconsidération radicale du système de gestion actuellement en vigueur. Tout porte à croire, en effet, que ce dernier est à bout de souffle tant les critiques et les demandes pressantes de changements se multiplient de jour en jour ; présage inéluctable d’une future transformation du paysage culturel.

Sarah Haidar

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